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9.1.10

listomania (2)

apparemment tout le monde a eu l'idée de la liste des films des années 2000. Imdb, le plus puissant (ou l'un des plus consultés) site(s) de cinéma a compilé les 100 films les mieux notés par ses lecteurs (clic ®). En tête, The Dark Knight de Christopher Nolan, ce qui est à moitié une surprise. Hélas, il est immédiatement suivi par Le retour du roi, troisième épisode du Seigneur des anneaux de Jackson. L'autre jour je regardais distraitement des bouts du premier épisode du Seigneur que quelqu'un visionnait chez moi. Cela m'a confirmé dans l'idée que ce cinéaste au goût immonde (contrairement à Nolan), n'est qu'un illustrateur. Ce qu'il démontre de la manière la plus éclatante avec sa dernière bouillasse, Lovely Bones. Je trouve très pertinente la remarque de Christophe Gans (réalisateur et ex-critique qui suit toujours avec autant de passion l'actualité hollywoodienne) selon laquelle la force de Cameron dans Avatar serait d'intégrer parfaitement virtuel et réel, effets spéciaux et personnages vivants. Alors que Jackson, notamment dans son King Kong, utilise ces effets comme des vignettes plaquées et indépendantes, des simples toiles de fond animées. Cette réflexion sur King Kong s'applique également au Seigneur des anneaux où la mise en scène statique positionne souvent les comédiens en arrêt devant des décors spectaculaires donnés comme tels. Des toiles peintes théâtrales et kitsch. Cela ne change pas ce que je pense d'Avatar. Mais je reconnais à Cameron un grand sens dynamique, une incroyable souplesse dans sa mise en scène. A choisir, je préfèrerais revoir Avatar à n'importe quel épisode du Seigneur des anneaux. Tout est relatif. Je brûlerais tous les films de Cameron pour sauver Andrey Rublev
Dans le Top 100 de Imdb, on trouve à la 32e place un film de guerre turc dont je n'avais pas entendu parler : Nefes de Levent Semerci. J'ai vu la bande annonce. Pas mal réalisé a priori, sans plus. Après, savoir si ça n'est pas une œuvre patriotique dont l'enjeu est le triomphalisme anti-kurde. Je serai toujours pour les minorités (peuples et cinémas minoritaires même combat)
Imdb publie également un worst 10 : apparemment des séries Z inconnues, dont l'une au titre éloquent : Dead at the box-office

créé parallèlement un blog photo (clic ®). Uniquement des photos originales, de moi ou de proches

6.1.10

XX

rien à signaler sinon que cette manie des listes m'intrigue. Après avoir publié la liste des 100 meilleurs films de l'histoire du cinéma en 2008, puis celle des dix meilleurs de 2009, les Cahiers du cinéma font paresseusement leur dernière couv sur les dix meilleurs des années 2000. Ce qui me frappe plus qu'autre chose c'est à quel point c'est circonstanciel et bancal. Je ne me sens pas doté d'un meilleur goût que quiconque, mais lorsque je vois dans la liste d'un pilier de la revue connu pour son intérêt pour le cinéma indien le remake de Devdas de Sanjay Leela Bhansali, je suis perplexe *. J'avais moi même été assez dithyrambique sur le film à sa sortie. Mais honnêtement, ça reste un produit bollywoodien, dont l'énergie, la débauche de sons et de couleurs tournent tout de même à vide. Cela n'étant qu'un exemple parmi d'autres pour dire que ces listes ne valent que ce qu'elles valent et ont souvent le défaut d'être tributaires du moment où elles sont publiées. C'est comme dans les festivals. On a souvent tendance à valoriser les œuvre récentes et à minimiser celles qui ont été vues les premières. D'où de flagrantes injustices. Des oublis majeurs au début des années 2000 et une survalorisation des films de 2009. D'une certaine manière cela me conforte dans mes choix annuels, rarement en phase avec la majorité (je ne fais pas exprès : je n'aime pas les œuvres consensuelles). On est toujours le ringard de quelqu'un

* d'autant plus que par la suite, Bhansali a extrêmement déçu avec son mélo Black et sa comédie musicale Saawariya (transposition kitscho-vénitienne des Nuits blanches de Dostoïevski), qu'avec la meilleure volonté du monde je n'ai pu regarder qu'en baillant. Même pas sûr que j'aie vu ces deux films en entier tellement ils appartiennent à un cinéma de studio figé, préfabriqué, touristique. C'est à dire exactement le clinquant et la fausseté de la comédie musicale hollywoodienne des années 1950, mais sans le zeste de folie, d'impertinence, de fantaisie artiste qui caractérisaient le travail de Donen ou de Minnelli. Les films de Bhansali n'en sont que des ersatz lyophilisés qui arrivent rarement — à part un peu dans Devdas — à transcender leur mauvais goût incandescent (bien sûr il y a ça et là des éclats, des éclairs, mais ils ne suffisent pas)
P.S. Je dois dire que parmi les films contemporains de Bollywood le seul qui m'ait vraiment convaincu fut Dil Se… de Mani Ratman, avec l'inévitable Shahrukh Khan, qui mêle de façon étonnante chanson, amour et terrorisme. Drame, film politique et comédie musicale à la fois… Hélas inédit en France. Il y a aussi le sublimissime Pakeezah de Kamal Amrohi, mais c'est un cas à part (car tourné en urdu et non en hindi) et il n'est pas récent